X-Men (1991) #1 – #3


La semaine dernière, j’assistais à une conférence donnée lors d’un petit festival local, durant laquelle Andy Diggle (The Losers, Daredevil) expliquait regretter qu’un auteur passe de moins en moins de temps sur une série phare de DC Comics ou Marvel Comics ; les raisons étant le besoin de ces éditeurs de renouveler sans cesse leurs séries, et la concurrence acharnée que se livrent ces mêmes auteurs pour obtenir le droit d’écrire pour des titres iconiques. Dans de telles conditions, il parait impensable de revoir un scénariste tenir aussi longtemps que Chris Claremont sur Uncanny X-Men et certains de ses dérivés, phénomène déjà exceptionnel à l’époque. En effet, le bougre a présidé au destin des mutants de Marvel Comics de 1976 à 1991. Quinze années à inventer des personnages, à tuer des personnages, à ressusciter des personnages, et surtout à leur faire vivre des aventures parmi leurs plus légendaires. Le tout en ne perdant jamais de vue ses thèmes de prédilection, tels que les femmes fatales, les femmes fatales asiatiques, et les costumes ultra-moulants ; à tel point que je le soupçonne d’avoir participer à l’écriture du scénario de X-Men: Apocalypse, ce qui expliquerait le traitement de Psylocke.

Alors certes, si nous nous replaçons dans le contexte, personne n’en avait rien à faire des mutants en général et des X-Men en particulier, puisque la série venait à peine d’être relancée quand il fût propulsé à sa tête, après un long hiatus. Mais cela n’enlève rien à son tour de force, puisqu’il a réussi non seulement à mener ses héros jusqu’au sommet, non seulement à lancer et écrire plusieurs dérivés, mais aussi à se maintenir à la tête de cette belle machine pendant plus d’une décennie. Un parcours qui, très ironiquement, s’achève brutalement avec X-Men #3.
En 1991, Marvel Comics décide de créer une nouvelle série en parallèle de Uncanny X-Men, sobrement intitulée X-Men, avec Chris Claremont et Jim Lee aux manettes. Et avec quatre couvertures différentes lors de son lancement, l’éditeur crée un coup marketing génial, faisant de X-Men #1 le comics le plus vendu de tous les temps. Un coup qui, rétrospectivement, résume bien la bulle spéculative des années 90, dont l’explosion manquera de provoquer la faillite de Marvel Comics ; ces ventes miraculeuses s’expliquant en grande partie par la certitude qu’il s’agira plus tard d’un numéro de collection qui s’arrachera à prix d’or, alors que ces mêmes ventes signifient qu’il y aura forcément plus d’offre que de demande sur le marché de l’occasion… Mais là n’est pas le sujet. Au bout de trois numéros, le scénariste claque la porte suite à un désaccord avec son éditeur, non sans avoir bouclé – de manière précipitée – un premier arc narratif. Et comme cet arc est disponible dans l’album Mutant Genesis 2.0, qui vient d’être réédité, profitons-en pour y jeter un œil.

Au-delà du fait de pouvoir vendre deux fois plus de comics X-Men, cette seconde série principale part du principe suivant : avec le retour à l’Institut Xavier des membres fondateurs de X-Factor, celui-ci abrite désormais plus d’une douzaine de mutants surentrainés – sans compter Jubilee et Moira MacTaggert en guise d’animaux de compagnie. Il est alors proposé de les scinder en deux groupes d’intervention : la Blue Team (Cyclops, Wolverine, Beast, Rogue, Gambit, Psylocke) et la Gold Team (Storm, Jean Grey, Colossus, Iceman, Archangel, Bishop), avec Xavier, Forge, Banshee, et Jubilee plus ou moins entre les deux. La Gold Team reste dans Uncanny X-Men, tandis que la Blue Team prend ses quartiers dans X-Men, même si cette dichotomie ne se ressentira réellement qu’à partir du second arc de cette dernière, le premier les opposant à une menace trop importante pour autoriser une division de leurs forces.

L’histoire commence avec Magneto, alors neutre-bon. Jusqu’à récemment, il travaillait main dans la main avec Charles Xavier, et faisait office de mentor pour son équipe de jeunes mutants. Mais le voilà bien las, désormais en retrait des X-Men, perdu entre sa vision et celle de Charles. Tandis qu’il rumine dans les vestiges de l’astéroïde M, des mutants en fuite viennent sonner à sa porte, en quête d’un refuge. Il décide alors qu’il ne peut rester en retrait, et de faire de l’astéroïde M un havre pour les mutants. Quant aux nouveaux venus, qui semblent l’admirer sincèrement et considérer que la Terre doit appartenir aux leurs, il en fait ses Acolytes. Mais le retour sur le devant de la scène du Maitre du Magnétisme alarme les Nations-Unis et les X-Men, qui ont tôt fait de soupçonner quelques malices chez Magneto. Ce-dernier s’en défend, et au contraire condamne certaines exactions de ses Acolytes – qui manquent clairement du moindre sens de la mesure – mais son passif ne parle pas en sa faveur. Alors qu’il ne cherche pas à refaire de Charles son ennemi, une révélation impliquant Moira Mac Taggert le pousse à attaquer les X-Men.

Ouf ! Le moins que nous puissions dire, c’est que c’est dense. Là, je ne vous ai résumé que le tout début. J’ai beau savoir que la narration était plus compacte à l’époque, cela reste surprenant à lire car les événements s’enchainent souvent trop vite, à tel point qu’ils en manquent parfois de cohérence. J’ignore quand le départ de Chris Claremont fut acté, mais si cela s’est produit avant l’écriture de cet arc, cela explique sans aucun doute qu’il ait voulu caser autant d’événements en si peu de temps, et qu’il ait choisi des thèmes aussi forts. Car pour son chant du cygne, c’est vraiment Magneto que le scénariste met en avant. Un Magneto qui parait dans un premier temps dépassé par l’admiration que lui portent les Acolytes, mais aussi par les réactions épidermiques qu’il provoque chez les humains et ses anciens alliés X-Men. C’est donc un personnage désorienté qui parcourt le premier chapitre, confronté aux conséquences d’un de ses actes les plus sanglants – le massacre de l’équipage d’un sous-marin russe, des années auparavant – mais aussi à des X-Men qui l’attaquent avec l’intention manifeste de le blesser (surtout Wolverine), lui qui fut pourtant leur compagnon.
Pour ne rien arranger à son instabilité, X-Men #1 marque la première apparition d’une figure majeure des années 90 : Fabian Cortez. Mutant amplificateur de pouvoirs, ses passions dans la vie sont la manipulation, la trahison, et surtout, utiliser le nom de Magneto pour servir ses propres causes et ses propres ambitions. Ce-dernier puisera largement dans sa capacité à augmenter son contrôle sur le magnétisme, quitte à en subir les effets secondaires.

Pour son ultime arc narratif de l’époque, Chris Claremont reprend un de ses sujets favoris : la peur panique qu’éprouvent les humains envers les mutants, sans distinction entre les X-Men et Magneto, et qui porte à croire que le rêve de Xavier ne deviendra jamais une réalité. Avec ce message en fond et un final grandiose, qui magnifie Magneto comme rarement, l’auteur nous livre un récit riche en action, en retournement de situation, et en plastiques généreuses, l’homme n’essayant même pas de cacher sa fascination pour Pyslocke et Rogue. Le trait de Jim Lee, qui me parle beaucoup plus que ce qu’il produit actuellement, sublime les personnages et leurs aventures.
Mais le plus impressionnant, c’est la force que dégage l’histoire et ses protagonistes, leurs convictions inébranlables et leur humanité. Après quinze ans passés à écrire la légende X-Men, Chris Claremont semble ne rien avoir perdu de sa passion, de sa fougue, et d’avoir toujours quelque chose à raconter. L’ensemble reste malheureusement trop précipité pour son propre bien, mais il n’en dégage pas moins une énergie et une puissance impressionnantes, tout en baignant dans un style qui a définitivement laissé derrière lui les années 80 pour embrasser la noirceur des années 90. En guise d’au revoir, il donne tout ce qu’il a.

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Une réflexion sur “X-Men (1991) #1 – #3

  1. Quand je lis un épisode des X-Men signé Chris Claremont, je suis surpris par la finesse des personnages (leur personnalité, leurs relations…) qui clashe complètement avec la narration hyper trop bavarde qui balance tout le temps plein d’informations ^^; J’apprécie tout le travail qu’il a effectué sur l’univers et dans lequel les récits actuels peuvent puiser mais… leur lecture est toujours difficile 😛

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