The Sensational She-Hulk #1 – #8


She-Hulk, ou Miss Hulk au pays du camembert, est une super-héroïne créée en 1980 par Stan Lee pour Savage She-Hulk #1. Ce sera d’ailleurs le dernier personnage qu’il inventera pour la Maison des Idées avant 1992 (merci wiki). La raison derrière son apparition : la série TV Hulk, qui connaissait un succès grandissant, mais dont Marvel Comics craignait que les producteurs décident d’introduire une version féminine du héros, qui dès lors leur aurait légalement appartenu. L’éditeur décida de prendre les devants. Juste au cas où…

Jennifer Walters, brillante avocate de Los Angeles, se trouve être la cousine de Bruce Banner, alias The Hulk. Alors que ce-dernier vient de lui rendre visite pour lui demander un conseil juridique (hasard n°1), celle-ci se fait attaquer par des criminels locaux auxquels elle avait décidé de se frotter (hasard n°2). Grièvement blessée, elle reçoit une transfusion sanguine bourrée de radiations gamma de son cousin… Pour le résultat que vous imaginez ! Devenue héroïne, elle rejoindra les Avengers, puis les Fantastic Four pour remplacer Ben Grimm après que celui-ci ait perdu ses pouvoirs (long story – Stan). Mais dans le fond, les Avengers resteront toujours sa priorité.
Jennifer apparait comme très différente de Bruce, à bien des égards. Pas de soucis de double personnalité, ou de folie furieuse une fois transformée, elle possède une force moindre par rapport à son cousin. Au rayon des désavantages, elle perd rapidement la possibilité de reprendre une apparence humaine, et doit donc composer avec sa forme « hulk » au quotidien, ce qui suggère des dépenses élevées en tenues sur mesure. Même quand il lui arrive de retrouver cette capacité, elle préfère généralement conserver son physique vert et musculeux. Pour autant, elle continue d’exercer sa profession, et cela ne semble déranger personne qu’une Hulk en tailleur arpente les couloirs des palais de justice. Voilà pour la vision globale du personnage.

La série qui nous intéresse aujourd’hui s’intitule The Sensational She-Hulk (d’où le nom de cet article), du moins les chapitres 1 à 8, réunis dans l’album The Sensational She-Hulk by John Byrne. Oui, John Byrne, cet artiste de seconde zone qui a notamment travaillé sur X-Men, West Coast Avengers, ou Superman. Il a écrit les huit premiers chapitres, avant que She-Hulk décide qu’elle pouvait se passer de lui, puis le rappelle pour les chapitres 31 à 50 (qui n’ont malheureusement pas été réunis dans leur propre album au moment où j’écris ces lignes). Et pour The Sensational She-Hulk, John Byrne a choisi une approche dont il ne se départira pas : l’humour.
Maintenant, réfléchissez au problème suivant. Compte-tenu de sa puissance, vous imaginez aisément les dommages que notre héroïne peut infliger à un mur. Maintenant, imaginez qu’elle fasse la même chose avec le quatrième mur.
Elle va lui défoncer la gueule !

En effet, la She-Hulk de John Byrne sait qu’elle vit dans un comics, a conscience de l’existence du lecteur, et elle en joue énormément, modifiant les règles qui l’entourent à volonté afin de sortir de n’importe quelle situation. Ou du moins, si elle a effectivement conscience de son statut de personnage, c’est sa rencontre avec une autre héroïne – l’ancienne Blonde Phantom, qui a décidé d’intégrer les aventures de Jennifer afin de revenir sur le devant de la scène – qui va lui permettre de découvrir les possibilités qui s’offrent à elle, comme le fait de sauter d’une case à l’autre pour éviter les embouteillages. Le plus impressionnant restant sans aucun doute le moment où, coincée dans un monde parallèle, elle va décider de déchirer la page, passer à travers les publicités pour les anciens numéros des séries Marvel Comics – publicités largement polluées par les commentaires de l’auteur – en prenant soin de ne pas se prendre les pieds dans les agrafes, pour finalement arriver jusqu’au repaire de son adversaire du jour, le Doctor Bong (comme le Doctor Doom mais avec une cloche sur la tête). C’est totalement normal !

Néanmoins, n’allez pas croire pour autant que l’auteur ne s’appuie que sur ce jeu permanent avec les lecteurs. Déjà, car l’héroïne ne s’adresse pas uniquement à eux, mais aussi à John Byrne lui-même, n’hésitant pas à le critiquer quand elle n’est pas satisfaite de son sort. Ensuite, parce que l’auteur aussi n’hésite pas à intervenir, notamment en s’enguirlandant avec son éditeur par post-it interposés. Surtout, parce qu’il s’agit avant tout d’une série parodique (même si elle sait aussi proposer ses scènes d’action), jouant avec les codes, les dénonçant, s’amusant avec, voire en détournant des antagonistes et des sagas bien connus. Hulk a été confronté à des hommes crapauds de l’espace, She-Hulk sera aussi confrontée à des hommes crapauds de l’espace, faisant au passage remarquer que lorsqu’elle a vu les hommes crapauds de l’espace en question sur la couverture du numéro, elle a d’abord cru à une blague avant de les voir débarquer. A un personnage qui s’étonne que, malgré ce qu’elle vient de se prendre dans la figure, ses sous-vêtements n’aient absolument pas été abimés (à la différence de ses autres vêtements), elle montre une étiquette indiquant : « protected by the Comic Code Authority » ; dans ces conditions, pas étonnant qu’il soit impossible de les déchirer ! Par la suite, nous savons qu’elle doit rencontrer un certain « L », immensément riche, chauve, avec une chauffeur-garde du corps ultra sexy, et qui vient de DC. Washington DC, bien sûr ! Vous pensiez à quoi !?

Alors, je ne vais pas non plus TOUT vous raconter, hein ! Sachez seulement que c’est réellement drôle. L’auteur se permet énormément de choses, expérimente de nouvelles approches dans sa narration, et nous sentons qu’il s’amuse comme un petit fou, pour un résultat foutrement communicatif. Pourtant, ce n’est pas lourd, trop méta, ou même trop verbeux – je vous l’ai dit, l’action ne se retrouve pas mise de côté. She-Hulk se prête bien à l’exercice : attachante, elle ne possède pas une popularité trop écrasante qui conditionnerait ce que John Byrne pourrait ou non raconter, ce qu’il pourrait ou non oser.
Mon seul reproche, c’est qu’il n’existe qu’un seul recueil, reprenant certes le premier passage de l’auteur sur la série, mais impossible de trouver le travail des autres créateurs censés reprendre la même formule, ni même le second passage de John Byrne, pourtant plus long. Forcément, cela me frustre un peu : j’en voulais encore !

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