Lumberjanes (TPB) #1 – #4


J’adore Gotham Academy. Même si j’avoue volontiers avoir été un peu déçu par un troisième TPB constitué d’histoires courtes et de fait moins passionnant, cela reste un plaisir de lire les aventures de cette bande d’adolescents qui, à la manière d’un Scooby Gang, semblent attirer les mystères et les ennuis comme des aimants (pour leur plus grand plaisir et le notre). En me renseignant sur la sortie du prochain TPB, je découvre l’existence d’une mini-série dans laquelle ils font équipe avec les personnages de Lumberjanes. Curieux, je jette un coup d’œil à ce titre et découvre qu’il bénéficie d’une réputation des plus flatteuses, déjà concrétisée par deux Eisner Awards. Plus étonnant, il est publié par Boom! Studios, donc un concurrent de DC Comics. Et comme il était disponible chez mon libraire, ni une ni deux, j’ai enchainé les quatre premiers tomes.

Mal, Molly, April, Jo, et Ripley passent leur vacances dans un camp des éclaireuses Lumberjanes et forment la tribu Roanake. Un camp pas comme les autres, laissant une liberté accrue à ses pensionnaires, et surtout perdu au milieu d’une forêt regorgeant de mystères en tout genre. De quoi satisfaire la soif d’aventure de nos cinq héroïnes ? Ce qui est sûr, c’est que le côté « environnement anodin qui ne l’est pas tant que ça » fait effectivement penser à Gotham Academy (ainsi qu’à Gravity Falls pour l’aspect sylvestre). Ce qui justifie immédiatement le lien entre les deux séries. Ça et les personnalités des protagonistes, qui dans les deux cas participent énormément à leur charme. Petit tour d’horizon.
Avec ses airs de rebelle au grand cœur, Mal est la stratège de service, même si ses amies ont tendance à n’en faire qu’à leur tête et à ne pas suivre ses indications. Pour autant, elle n’est pas la chef du groupe, lequel n’en possède pas. Très sociable, elle aime passer du temps avec ses proches et faire de la musique. Elle est en couple avec Molly.
A l’inverse de sa petite amie, Molly est plus réservée et n’a apparemment pas beaucoup d’amies en dehors des Lumberjanes ; ce qui rend d’autant plus précieux chaque instant qu’elle peut passer au camp avec elles, et elle ne parait pas pressée de revenir à la civilisation. Ces aventures sont une occasion pour elle de s’affirmer. Elle pratique le tir à l’arc et aime les puzzles, des talents qui seront régulièrement mis à contribution.
De prime abord, April est l’élément le plus féminin du groupe du fait de son apparence. De prime abord seulement car cela ne semble pas la préoccuper plus que ses camarades. Surtout, son style contraste avec une force physique impressionnante. Elle connait Jo depuis l’enfance et les deux sont inséparables.
Jo est la scientifique du groupe, versée en mathématiques et en robotique. D’où peut-être une curiosité plus poussée que la moyenne, mais pas au point de mettre ses camarades en danger. Ces-dernières – et April en particulier – comptent plus que tout pour elle.
De son côté, Ripley associe curiosité, impulsivité, hyperactivité, et naïveté pour former un cocktail absolument détonnant. Elle a tendance à foncer tête baissée et à mettre les pieds dans le plat, et peut s’avérer aussi attachante qu’elle est exaspérante. Pour ne rien arranger, elle parait inépuisable.
Enfin, pour être tout-à-fait complet, il convient de citer Jen, la responsable de cette troupe. Lycéenne à l’esprit cartésien et soucieuse de maintenir l’ordre, elle apprécie peu leur mépris des règles et leur côté imprévisible. Plutôt du genre première de la classe, elle aime la physique et l’astronomie.

Récemment, en lisant (l’excellent) Paper Girls de Brian K. Vaughan et Cliff Chiang, j’ai remarqué que la majorité des comics que je suis à l’heure actuelle se montraient fondamentalement anti-Trump. Certains – justement comme Paper Girls – citent et critiquent ouvertement le nouveau président américain, là où d’autres véhiculent simplement des idées et une vision du monde qui vont à l’encontre des siennes (et des masculinistes et des suprématistes blancs en général). En cela, Lumberjanes en représente le parfait exemple : écrit par des femmes, sans doute pour un public d’adolescentes (ce qui ne l’empêche pas de toucher un lectorat bien plus large), la série repose sur des figures de jeunes filles fortes, indépendantes, d’origines et d’orientations diverses, loin de se reconnaitre dans les canons de la féminité tels que véhiculés par l’imagerie dominante. A l’inverse, les quelques personnages masculins restent secondaires, et incarnent des valeurs plus volontiers féminines. Le côté féministe est revendiqué (les personnages citent souvent des figures historiques pour la plupart inconnues en France), tout comme un certain sentiment anti-religieux (toute référence biblique ayant été bannie de la communauté). Après, entendons-nous bien : si cette volonté des auteurs de briser les clichés est salutaire et hautement appréciable, il ne s’agit pas non plus du seul attrait de ce titre, ni même du principal à mon sens.

Car la véritable force de Lumberjanes, c’est l’Aventure (notez le grand A). Nos héroïnes se passionnent pour les mystères, les légendes, bref l’inconnu, et la forêt dans laquelle elles évoluent leur fournit un cadre idéal : monstres en tout genre, portails dimensionnels, artefacts magiques, elles ne sont jamais au bout de leur surprise. Et les lecteurs non plus, car les auteurs arrivent à proposer des trames toujours surprenantes et imprévisibles. Nous ne sommes jamais en terrain connu. En même temps, au fur et à mesure de leurs pérégrinations, nous comprenons que ce n’est pas un simple hasard si la forêt regorge d’autant de secrets, ni si les tribus Lumberjanes portent des noms inattendus pour des éclaireuses (Roswell, Roanake,…). Entre deux exploits, nous les suivons dans leur quotidien au camp, même si jamais au grand jamais elles ne feront quoi que ce soit de « normal » (à moins qu’elles le fassent de travers) ; même les badges à accumuler, pratique typique des éclaireuses, laissent à penser qu’ils ont été imaginés par des esprits malades et adeptes des jeux de mots foireux (« Everything under the sum », « Friendship to the craft »,…)
Si les personnages se mettent souvent en danger, c’est toujours traité avec le sourire, comme si les héroïnes ne risquaient rien (jusqu’au jour où elles risqueront réellement quelque chose), et seule Jen semble saisir la situation là où les Roanake voient surtout l’excitation du moment. Une approche largement favorisée par un trait épuré et une utilisation de couleurs vives.

Lumberjanes parait pensée pour le format TPB, puisque les histoires sont organisées sous la forme d’arcs de quatre chapitres regroupés chacun dans un volume (même si la première histoire couvre en réalité les deux premiers TPB).
Vous l’aurez sans doute deviné, mais Lumberjanes est pour moi un véritable coup de cœur. Parce que les héroïnes sortent des sentiers battus et s’avèrent immédiatement attachantes, car la série propose de grandes aventures accompagnées de beaucoup d’humour (les descriptions des badges entre chaque chapitre sont un modèle du genre), car l’histoire repose sur de nombreux secrets se révélant au fur et à mesure, et parce que mine de rien j’apprécie le dessin même s’il change des standards de DC Comics et Marvel Comics et pourra donc surprendre de prime abord. Je prends un immense plaisir à parcourir chaque tome, même si je les trouve beaucoup trop court (seulement quatre chapitres chacun) à mon goût. Autant dire que j’attends avec une certaine impatience la rencontre avec Gotham Academy, même si je crains que mettre ensemble Ripley et Maps devienne rapidement fatiguant.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s